| Témoignage d'un contractuel : "sois bon et tais-toi !" |
| Écrit par Yvan Benoîst |
| Vendredi, 23 Septembre 2011 13:57 |
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Ex-rugbyman je prends les coups me bâts becs et ongles, centimètres à millimètres. J’ai honte, peur : pas la rue, pas sous les ponts ! Je n’ai plus un sou et le peu de réponses à mes multiples candidatures, c’est niet, toujours niet. Je désespère mais reste debout. Je tente de savoir « les pourquoi non ».Quelques secrétaires, intelligentes, lucides, me lâchent, « l’âge, trop expérimenté… »
Avec mes candidatures, je suis en mesure de retapisser une tour d’immeuble voire deux ! Et je persiste, résiste… Je vais sombrer moi qui ai connu les palaces, les grandes gens, les politiques et tous leurs vices. Moi qui est connu cette période où je travaillais plus de 15 heures par jour, trop souvent sans repos hebdomadaire, qui ai formé plus de 300 jeunes journalistes, à qui on demandait toujours plus et qui palpais un gros salaire. Qui enchaînais les séminaires de formation, ingérais la culture d’entreprise, le coaching et tous ces trucs américains.
À la fracture, plus personne ne m’a reconnu et surtout pas aidé… Il n’y avait que des abandonnés absents aux numéros composés. Et j’ai des noms ! Locaux et nationaux. La fée CFTC, LéaPuis, agnostique convaincu : miracle ! Je croise et rencontre une militante CFTC. Une vraie-réelle. Léa pour qui j’ai quelques sentiments, qui s’empare de mon dossier. Caporal-chef : « tu as droit au RMI ». Démuni, elle me recueille et m’aide comme personne ne m’a jamais aidé. En pleurs face à l’agent Caf, le RMI m’est accordé puis le RSA. Ma « Léa sauveteuse CFTC », une pure et dure, s’occupe de mes impôts et toutiquanti. Une femme formidable ! Mieux. Avec ses relations et sa gouaille, elle m’obtient un CDD à mi-temps dans une collectivité territoriale. Dans un collège, pour une cantine (la vaisselle), à 50 km de mon toit. J’accepte. Elle rentre dans une furie étonnante. « Tu refuses ce poste ! Je m’en occupe ». Finalement, j’obtiens dans la même collectivité territoriale (janvier 2009), un CDD de six mois renouvelable (656 euros nets par mois), à proximité de mon domicile. Malléable et corvéable à merci, parfois humilié, je fais les basses besognes avec des crises d’angoisse terribles tous les cinq mois : « vais-je être renouvelé ? » Oui, jusqu’à présent. Mais pour me loger, j’ai dû passer par le privé. Loyer mensuel 620 euros plus un réajustement annuel de 250-300 euros, j’ajoute les assurances, l’eau, l’électricité, Internet, le gasoil, une mutuelle du pauvre, la Caf (complément RSA inclus - 300 euros). Total 956 euros mensuels. Il me reste moins de 100 euros pour BOUFFER ! Et j’ai travaillé depuis l’âge de 15 ans et constamment depuis l’âge de 17 ans… Ma retraite ? Envolée, volée ! Le bio et le beau, je ne les vois pas ; je pâte, je saucissonne, je soupe, je biscotte, je raviolise... Bref, je « bouffe de la merde ». CDD et tais-toi !La fatal se devait déclarer. Au mois de mai dernier, je sens mon corps en loque. Toubib, fissa chez le cardiologue. Tests à l’effort. Verdict ; « vous avez fait trois infarctus, votre corps s’est défendu, opération obligatoire où… » Je refuse, je suis en plein renouvellement de CDD. « Ok, dans ce cas vous me signer une décharge si vous voulez mourir… » Je plie, accepte, il y a urgence. Je négocie mon admission à Aix-En-Provence, un mercredi après-midi, je ne travaille pas. Mais, « vous n’allez pas en voiture ? ». Je ne dis rien. Impossible de me payer un taxi, une ambulance, c’est la première fois que je me fais opérer, je pars avec ma guimbarde. Sur place pim-pam-poum, stents, complications, et ils me lâchent le samedi après-midi. Impossible de conduire, je suis épuisé, las, harassé. Ils me font une prise en charge, j’appelle Léa ma Cftéciste ô secours. Elle accourt et me ramène, au volant de ma guimbarde, dans mon château où je n’ai rien à manger, pas les forces d’aller à la pharmacie. Et elle m’aide encore ma Sainte Léa. Mon CDD doit être renouvelé. J’angoisse grave… Le lundi, je reprends le travail, ne dis rien à personne, vacille mais tiens le coup en me cachant. Épuisé, sans arrêt maladie, je travaille encore une journée et pose des congés. Mes frais de voiture (kilomètres, péages, parking), je les envois à la Sécu en expliquant ma situation et le pourquoi. Pas de prise en charge (180 euros), refus de remboursement et depuis pas de nouvelles. J’ai les nerfs ! Et aujourd’hui, sur les pauvres, les sangsues veulent ponctionner mutuelles, voire Internet et... Non stop ! Pis : je viens de passer la visite médicale, motus et bouche cousue, je suis apte !
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Je suis un homme de 56 ans, bac + 5, cadre supérieur, 30 ans d’expérience pro. dans la presse généraliste de mes fesses ; un archétype sociétal. À 50 ans, ma boîte dépose le bilan. Licenciement économique, chômage et fin de droit. Ma femme me quitte. Mes trois enfants me lâchent… Les amis m’ignorent. Je brade ma maison et postule à la moindre annonce. La dégringolade.