STRESS AU TRAVAIL
« On voit apparaître des troubles dépressifs chez des personnes qui n’en avaient jamais eus… »

Maria Melchior, chercheuse de l’Institut de psychiatrie Maudsley de l’université de Londres, et de l’Inserm en France. Étude «Work stress precipitates depression and anxiety in young, working women and men», /Psychological Medicine/, n° 8, août 2007

"Deux éléments nous ont poussés à nous intéresser à l'effet du stress au travail sur la santé mentale. Il y avait d’une part, en France et en Europe, la montée en puissance du stress dans l’environnement de travail, cela depuis les années 1990. Parallèlement, on sait aussi que le taux de dépressions a augmenté au cours du temps. L’étude que nous menions sur la santé de personnes depuis leur naissance était une occasion unique de croiser les deux.

STRESS : DEUX FOIS PLUS DE PROBLÈMES DE SANTÉ MENTALE
Notre étude se distingue parce que c’est la première fois que l’on peut affirmer avec pas mal de certitude que le stress au travail produit des dépressions. Il s’agit en effet de la première enquête à tenir compte de tous les antécédents des personnes. Nous suivions les sujets, qui
avaient 32 ans au moment de l’enquête, depuis leur naissance. Et ceux qui avaient manifesté des troubles psychiatriques avant leur entrée dans la vie active ont été exclus de l’étude. D’autre part, il s’agissait de jeunes donc exposés depuis relativement peu de temps aux situations de stress au travail. Alors que beaucoup d’études portent sur des personnes
plus âgées.

Pourtant, à 32 ans, 14 % des femmes et 10 % des hommes exposés au stress avaient déjà développé un premier épisode de dépression sévère ou de trouble anxieux généralisé ! Ceux soumis à un haut degré de stress, surchargés de travail ou sous pression à cause des délais ont ainsi deux fois plus de chance de développer des problèmes de santé mentale que d’autres dans des conditions d’emploi moins exigeantes. Précisons surtout que l’on parle-là de dépression clinique : une vraie maladie diagnostiquée à partir de la classification standard internationale.
Autrement dit, le stress dans le milieu professionnel est source de maladies psychiatriques.
Notre travail de recherche s’est appuyé sur 891 Néo-zélandais car le milieu est représentatif d’une société industrielle proche des pays européens. D’ailleurs, le panel examiné représentait également des métiers et des catégories professionnelles très variés. C’est un autre atout de cette étude alors que les autres sont souvent circonscrites à un secteur d’activité donné.


L’EXIGENCE PSYCHOLOGIQUE DU TRAVAIL
Des quatre paramètres étudiés, l’intensité des exigences du travail sur le plan psychologique est la mieux corrélée à la survenue de dépressions ou de troubles anxieux. Plus encore que la marge de décision du salarié, le soutien social ou la sollicitation physique. Même si ces derniers peuvent y contribuer. Sachant cela, le stress cause non seulement beaucoup de souffrance, mais a un coût très élevé à l’échelle de la société. Les victimes du stress ne peuvent plus travailler. Et je ne vois pas l’intérêt pour l’employeur de voir ses salariés fragilisés ou sombrer dans la maladie. Nous avons démontré que le stress était un facteur important de dépression. Or, 30 % à 40 % des salariés, hommes ou femmes, y sont exposés en Europe. C’est pourquoi il est urgent de réduire le niveau de stress dans le monde professionnel."



LA VOIX N°301 Septembre 2007

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